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La bête affairée

La bête vit. Elle se déplace, cherche à manger, se nourrit, se repose, dort, elle joue, se nettoie, intéragit avec ses congénères, ne fait rien, se dispute, se bagarre, construit son habitacle, elle boit, se reproduit, s’occupe de ses petits, elle voit, elle regarde, elle observe, se méfie, sauve sa vie, elle respire.

Quel lien entre la danse et ces occupations?

Le mouvement nécessaire, comme un flot qui s’autogénère sans fin, s’annonçant, grossissant, s’affirmant, s’affinant puis s’épuisant tout en s’étant déjà préparé au retour.

L’inventeur de la Contact Improvisation, Steve Paxton parle de l’animal qui se niche en nous. Il dit : « L’animal est une intelligence physique composée de réflexes et de figures guidées par le mouvement, à la fois héritée et acquise, cette forme de capacité à survivre et à créer un désir d’aller à la rencontre de notre environnement et à jouer résolument avec lui » .

Si je veux me sentir animale lorsque je danse c’est pour danser en étant ouverte, attentive à ce qui m’entoure et à ce que je ressens. Il ne s’agit pas d’un style que je souhaiterai me donner mais plutôt d’une qualité de mouvement courant de volumes en volumes, consciente de ses modulations de flux et d’énergie.

Parfois lorsque j’observe la manière dont les animaux se déplacent, bougent leur corps, et peuvent interragir avec certains objets ou autres congénères animal de la même espèce ou non, je me demande quelle est pour eux la nessecité de bouger de la sorte. Et par analogie, je me demande quelle est pour nous humains la neccessité de nous mouvoir tel que nous le faisons.

Les animaux mettent-ils du style dans leurs mouvements ? Ou de l’allure ? Cherchent-ils à créer des effets de perception en bougeant leurs corps ?

Contempler une troupe d’étourneaux voletant au ras du sol de gauche à droite inspire un tas de considérations sur le mouvement de groupe. Par exemple, la distance maintenue entre chaque individu, la direction choisie, l’espace couvert à la fois selon des plans verticaux et horizontaux. Quelle intensité de présence donnent ces petits oiseaux à leur déplacement ? Quelle intensité donnons-nous à nos mouvements quotidiens ?